UN MOT EN PASSANT
En VACANCES, les VACANCIERS – affreux ? – et les JUILLETTISTES !

 

                      Radiographie du mot « vacances »… Presque à la fin du dictionnaire, et dans l’ordre alphabétique, on trouvera en effet d’abord le mot « vacance », sans « s », puis avec un « s », et enfin « vacancier ». Voilà une série de mot qui en se situant ainsi en fin de liste, est en définitive installés bien à leur place, arrivant en général après une longue période de travail. Et traditionnellement, c’est en juillet ou en août que se situent lesdites vacances, avec donc les « juilletistes », attestés pour la première fois en 1969.
Un mois plus tard, serait-ce le tour des « aoûtistes » ? Que nenni, ce furent les « aoûtiens », qui l’emportèrent pour désigner celles et ceux qui prennent leurs vacances au mois d’août, statistiquement plus nombreux que les juilletistes. Ce que traduit le fait que le mot est attesté dans la langue française dès 1965. Quoi qu’il en soit, « juillettistes » ou « aoûtiens », ce sont par essence des « vacanciers ».

 

RENÉ, TU T’ES TROMPÉ !
« Vacancier » : Voilà pourtant un mot qui n’a pas d’emblée été bien accueilli, si on en juge à la définition suivante : « Vacancier : néologisme affreux. » De quand date ce rude jugement à propos d’un mot entré en langue française en 1925 ? D’à peine un demi-siècle. C’est en effet à René Georgin, fin grammairien qui enseigna à Vesoul, que l’on doit cette condamnation extraite de « Pour un meilleur français », paru en 1951.
Il en va ainsi de la langue, nos sévérités à son égard sont parfois prises à contre-pied : le mot n’étonne évidemment plus personne aujourd’hui et on a même oublié qu’il n’est apparu que vers 1928. Et je le trouve assez réussi, il résonne agréablement à nos oreilles !

 

VACANCES : ENFIN UN RÊVE RÉALISABLE
À dire vrai, il faut se souvenir que le « vacancier » à grande échelle venait presque de naître, puisque la notion même de congés payés pour tous ne date que de 1936. Ainsi, aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, « prendre des vacances » devenait une sorte de rêve réalisable, et ce mot de « vacancier » sonnait comme une sorte de revanche tout en étant presque incongru au regard des siècles précédents.

 

INTERRUPTION !
« Tu, cui vacas » ! « Toi, qui as du loisir », pouvait dire un Romain. C’est bien effectivement en partant du latin « vacare », être vide, avoir du temps, et de son participe présent « vacans », qu’on fit « vacant » d’où fut tiré le mot « vacance ». Ce dernier désigna d’abord, au singulier, l’interruption des travaux des tribunaux et par extension au XVIe siècle, au pluriel, les congés accordés aux élèves. Enfin, en 1936, les congés payés légitimèrent les « vacanciers ».

 

SIMENON ET LES MOTS CROISÉS
Quand je pense aux vacances, je pense toujours à Simenon, qui en 1948, dans les « Vacances de M. Maigret », déclarait ceci : « Les vacances, c’était la grasse matinée. » Et de penser a contrario aux 320 jours par an, et souvent davantage, où chaque matin en se levant avec le jour », « il se promettait : Quand je serai en vacances, qu’est-ce que je me payerai comme sommeil ».
Est plaisante aussi la définition de San-Antonio affirmant, tout dépité et bien pessimiste dans Je le jure, en 1975, que « les seules vacances de l’homme sont les neuf mois qu’il passe dans le sein maternel ». On préfèrera cependant la belle définition d’un verbicruciste : « Vacances : La fuite enchantée ».
Très bonne vacances aux juilletistes. Et pour Graziella, très bientôt l’ « amphitryon ». Amitié à Anna en passant.

 

Jean Pruvost
Doc Dico sur Mouv'
Auteur du « Dico des dictionnaires »
Et du « Journal d’une amoureux des mots » (Larousse)

 

 

 

 

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